Face à une caméra, même les personnes les plus à l'aise peuvent soudainement changer.
Le débit ralentit. Les phrases deviennent plus longues. Le vocabulaire se fait plus institutionnel. Le regard cherche ses mots. Et parfois, une personne passionnante dans la vie quotidienne commence à réciter une réponse qu'elle ne formulerait jamais ainsi naturellement.
C'est tout le paradoxe de l'interview corporate.
La caméra ne doit pas transformer la personne que nous sommes venus filmer.
Réussir une interview de dirigeant, de collaborateur ou d'expert ne consiste donc pas simplement à installer une belle lumière et poser les bonnes questions.
Il faut créer les conditions permettant à une parole naturelle d'émerger.
Une bonne interview commence avant le tournage
La préparation est essentielle.
Avant une interview, nous cherchons à comprendre :
- qui est la personne ;
- quel est son rôle ;
- quel sujet elle maîtrise particulièrement ;
- quel message le film doit transmettre ;
- ce que nous souhaitons obtenir de son témoignage ;
- à qui elle s'adresse.
Cette préparation permet de construire une trame.
Mais une trame n'est pas un questionnaire à réciter.
Elle sert à connaître la destination de l'interview, tout en conservant suffisamment de liberté pour choisir le chemin permettant d'y arriver.
Faut-il envoyer les questions à l'avance ?
C'est une question fréquente.
Il peut être utile de communiquer les grands thèmes afin de rassurer l'intervenant et de lui permettre de préparer certaines informations précises.
En revanche, apprendre ses réponses mot pour mot présente un risque.
La personne ne répond plus.
Elle récite.
Et cela s'entend immédiatement.
Le rythme change.
Les mots deviennent parfois trop parfaits.
Les hésitations naturelles disparaissent.
La personne cherche mentalement la phrase qu'elle avait préparée plutôt que de réfléchir réellement à la question.
Il est généralement préférable de préparer les idées plutôt que les phrases.
Le rôle de l'intervieweur : faire oublier l'interview
Une interview réussie ressemble souvent davantage à une conversation qu'à un interrogatoire.
L'intervieweur doit écouter réellement la réponse.
Pas simplement attendre qu'elle se termine pour poser la question suivante.
Une phrase intéressante peut conduire à une nouvelle question.
Un mot peut mériter d'être approfondi.
Une émotion peut apparaître là où elle n'était pas prévue.
C'est souvent dans ces moments que surgissent les meilleures séquences.
L'intervieweur doit donc savoir s'éloigner momentanément de son questionnaire.
Parce qu'une interview vivante se construit aussi pendant qu'elle se déroule.
Mettre la personne en confiance avant d'enregistrer
Une erreur classique consiste à installer l'intervenant, allumer les projecteurs et commencer immédiatement.
Quelques minutes de conversation avant l'interview peuvent tout changer.
Parler du lieu.
Du métier.
Du projet.
Expliquer simplement comment va se dérouler le tournage.
Rappeler qu'une réponse peut être recommencée.
Qu'il y aura un montage.
Qu'une hésitation n'est pas un problème.
Que personne n'attend une performance d'acteur.
Ces informations paraissent évidentes aux professionnels de l'audiovisuel.
Elles ne le sont pas nécessairement pour quelqu'un qui passe devant une caméra une ou deux fois par an.
Une interview n'est pas du direct
C'est probablement l'une des choses les plus importantes à rappeler à un intervenant.
Une phrase peut être recommencée.
Une réponse peut être raccourcie.
Une hésitation peut être supprimée.
Une formulation peut être reprise.
Le montage existe précisément pour cela.
Cette simple information réduit considérablement la pression.
L'objectif n'est pas d'obtenir immédiatement une prise parfaite.
Il est d'obtenir une parole juste.
Comment obtenir des réponses naturelles ?
Les questions ouvertes fonctionnent généralement mieux.
Au lieu de :
« Êtes-vous satisfait de cette transformation ? »
qui appelle presque automatiquement « oui » ou « non », on préférera :
« Qu'est-ce que cette transformation a changé concrètement pour vous ? »
Au lieu de demander :
« L'innovation est-elle importante dans votre entreprise ? »
on peut demander :
« Pouvez-vous me raconter une innovation récente qui a réellement changé votre manière de travailler ? »
La deuxième formulation appelle une histoire.
Et les histoires produisent généralement de meilleures interviews que les déclarations.
Faire raconter plutôt que faire déclarer
C'est un principe particulièrement efficace.
Comparez :
« Nous sommes très proches de nos clients. »
avec :
« La semaine dernière, un client nous a appelés avec un problème très particulier. Notre équipe s'est réunie le matin et, à 16 heures, nous avions déjà trouvé une solution. »
La première phrase affirme une valeur.
La seconde la démontre.
Le spectateur peut se faire sa propre opinion.
Dans une interview corporate, il est donc souvent préférable de demander :
« Pouvez-vous me donner un exemple ? »
« Vous souvenez-vous d'un moment précis ? »
« Concrètement, qu'est-ce que cela signifie ? »
« Comment cela se passe sur le terrain ? »
Ces relances permettent de passer du discours institutionnel à la réalité.
Le dirigeant doit-il parler comme son entreprise ?
Oui et non.
Il représente évidemment l'entreprise.
Mais il reste une personne.
Un dirigeant qui parle exactement comme une brochure institutionnelle perd une partie de sa force.
Une conviction personnelle, une anecdote ou une manière particulière de formuler une idée rendent immédiatement sa parole plus incarnée.
Le spectateur doit sentir qu'il écoute quelqu'un qui pense ce qu'il dit, pas uniquement quelqu'un chargé de transmettre trois messages validés.
Cela ne signifie pas perdre le contrôle du discours.
Cela signifie lui donner une voix humaine.
Que faire lorsqu'une réponse est trop longue ?
C'est extrêmement fréquent.
L'intervenant connaît parfaitement son sujet et souhaite être précis.
Une réponse prévue pour vingt secondes dure finalement trois minutes.
Il faut alors aider.
On peut demander :
« Si vous deviez résumer cette idée en une seule phrase ? »
ou :
« Quelle est la chose essentielle que vous aimeriez que l'on retienne ? »
Cette seconde réponse est souvent beaucoup plus forte.
Une interview professionnelle consiste aussi à aider la personne à hiérarchiser sa pensée.
Faut-il regarder la caméra ?
Cela dépend du film.
Regard hors caméra
C'est le dispositif classique de nombreuses interviews corporate et documentaires.
L'intervenant regarde l'intervieweur placé légèrement à côté de l'objectif.
La sensation est celle d'une conversation observée par le spectateur.
C'est naturel et particulièrement adapté aux témoignages.
Regard caméra
Le rapport change complètement.
La personne s'adresse directement au spectateur.
Ce dispositif peut être très puissant pour une prise de parole de dirigeant, un message institutionnel, une annonce ou certains contenus destinés aux réseaux sociaux.
Mais il est souvent plus exigeant pour l'intervenant.
Le choix doit donc être fait en fonction de l'intention du film.
Une ou plusieurs caméras ?
Une deuxième caméra apporte plusieurs avantages.
Elle permet d'obtenir simultanément deux valeurs de plan : par exemple un plan moyen et un plan plus serré.
Au montage, cela facilite les coupes et permet de rythmer davantage l'interview.
Mais deux caméras ne sont pas systématiquement nécessaires.
Une interview sobre et très bien cadrée avec une seule caméra peut être extrêmement élégante.
Encore une fois, le dispositif doit correspondre au projet.
Le décor raconte déjà quelque chose
Avant même que l'intervenant commence à parler, le spectateur regarde son environnement.
Un bureau. Une usine. Un laboratoire. Un atelier. Une architecture contemporaine. Une bibliothèque. Un fond volontairement minimaliste.
Chaque décor raconte quelque chose.
Le choix du lieu ne doit donc pas uniquement répondre à une question esthétique.
Il doit apporter du contexte.
Un ingénieur interviewé au cœur de son environnement de travail ne produit pas la même sensation que le même ingénieur assis devant un fond neutre.
Les deux peuvent être pertinents.
Mais ils ne racontent pas la même histoire.
La profondeur donne de la vie à l'image
Une erreur fréquente consiste à placer l'intervenant directement contre un mur.
L'image devient rapidement plate.
Lorsque le lieu le permet, créer de la distance entre la personne et l'arrière-plan apporte de la profondeur.
Quelques éléments peuvent exister dans le fond.
Une lumière. Une perspective. Une activité discrète. Un élément architectural.
L'environnement reste présent sans détourner l'attention du visage.
C'est souvent cette combinaison qui donne aux interviews corporate leur aspect véritablement cinématographique.
La lumière doit mettre en valeur sans se faire remarquer
Une belle lumière d'interview ne doit pas nécessairement être spectaculaire.
Elle doit d'abord servir le visage.
Créer du volume.
Détacher la personne du décor.
Respecter l'atmosphère du lieu.
La lumière naturelle peut être magnifique, mais elle évolue.
Une installation maîtrisée permet de conserver une continuité lorsque plusieurs personnes sont interviewées pendant la journée.
L'objectif n'est pas que le spectateur pense :
« Quelle belle lumière ! »
Il doit simplement avoir envie de regarder la personne.
Le son est encore plus important que l'image
Une interview avec une image légèrement imparfaite peut rester parfaitement regardable.
Une interview dont la voix est difficile à comprendre devient immédiatement pénible.
Le choix du lieu est donc également acoustique.
Climatisation. Machines. Réfrigérateurs. Circulation. Conversations. Ascenseurs. Réverbération.
Tous ces éléments doivent être anticipés.
L'enregistrement peut être réalisé avec un micro cravate, un micro placé sur perche ou une combinaison des deux selon la configuration.
Une voix claire, présente et naturelle constitue la base de toute bonne interview.
Et le prompteur ?
Le prompteur est un excellent outil lorsqu'il est utilisé pour la bonne raison.
Il peut être très efficace pour :
- une déclaration officielle ;
- un message très précis ;
- une prise de parole réglementée ;
- une introduction ;
- une conclusion ;
- un contenu dans lequel chaque mot doit être maîtrisé.
Mais pour une interview destinée à produire une parole spontanée, il peut devenir contre-productif.
Lire et parler naturellement sont deux exercices différents.
Certaines personnes sont excellentes au prompteur.
D'autres deviennent immédiatement moins naturelles.
Le choix doit donc dépendre à la fois du contenu et de la personne.
Ne jamais oublier les silences
Une interview n'a pas besoin d'être remplie en permanence.
Après une question, quelques secondes de réflexion peuvent être utiles.
Après une réponse particulièrement intéressante, ne pas enchaîner immédiatement peut parfois pousser l'intervenant à ajouter spontanément :
« En fait, ce qui est vraiment important… »
Et cette deuxième phrase peut être meilleure que toute la réponse précédente.
Le silence fait partie de l'interview.
Le montage doit préserver la personnalité
Le montage permet de raccourcir considérablement une interview.
Une conversation de trente minutes peut donner une minute de film.
Mais raccourcir ne doit pas signifier dénaturer.
Il faut préserver :
- le sens ;
- le ton ;
- la personnalité ;
- les respirations utiles ;
- certaines hésitations lorsqu'elles rendent la parole plus humaine.
Une interview trop nettoyée peut devenir artificielle.
Le montage doit rendre la parole plus efficace sans lui retirer sa vérité.
Illustrer la parole plutôt que simplement la couvrir
Dans un film corporate, l'interview est rarement destinée à rester seule à l'écran pendant plusieurs minutes.
Elle peut être accompagnée d'images montrant ce dont parle l'intervenant.
S'il évoque un savoir-faire, montrons-le.
S'il parle d'une équipe, rencontrons-la.
S'il décrit une usine, entrons dans l'usine.
S'il parle d'un produit, observons-le.
Ces images ne doivent pas uniquement servir à masquer les coupes de montage.
Elles doivent apporter une nouvelle information au récit.
La parole donne le sens.
L'image apporte la preuve, le contexte ou l'émotion.
Prévoir plusieurs usages dès le tournage
Une interview peut produire beaucoup plus que quelques secondes dans un film corporate.
Elle peut également devenir :
- un portrait individuel ;
- un extrait LinkedIn ;
- plusieurs formats courts ;
- une citation vidéo ;
- une séquence verticale ;
- un contenu interne ;
- un témoignage destiné au recrutement.
Il est donc intéressant de réfléchir avant le tournage aux différentes exploitations possibles.
Quelques questions supplémentaires peuvent parfois permettre de produire plusieurs contenus sans augmenter significativement la durée du tournage.
L'approche ORYGEN FILMS : chercher la personne derrière la fonction
Chez ORYGEN FILMS, nous avons l'habitude de filmer des profils extrêmement différents : dirigeants, collaborateurs, experts, ingénieurs, techniciens ou personnalités.
Certains adorent la caméra.
D'autres préféreraient être absolument partout ailleurs.
Notre travail consiste à nous adapter.
Une interview de dirigeant ne se mène pas nécessairement comme celle d'un technicien au cœur d'une usine.
Les mots ne sont pas les mêmes.
Le rythme n'est pas le même.
Le niveau de préparation n'est pas le même.
Mais l'objectif reste identique :
faire apparaître la personne derrière la fonction.
Parce que lorsqu'un spectateur croit réellement à celui ou celle qui parle, il écoute autrement.
FAQ — Réussir une interview vidéo professionnelle
Combien de temps prévoir pour filmer une interview ?
Pour une interview corporate, il est généralement préférable de prévoir suffisamment de temps pour l'installation technique, la mise en confiance et la conversation elle-même. Une interview enregistrée de 20 à 45 minutes peut ensuite produire seulement quelques dizaines de secondes dans le film final.
Faut-il apprendre ses réponses avant une interview ?
Il est préférable de connaître les sujets et les messages essentiels plutôt que d'apprendre chaque phrase. Une réponse mémorisée risque souvent de sembler récitée.
Comment s'habiller pour une interview vidéo ?
Il faut privilégier une tenue cohérente avec son rôle et l'environnement du film. Certaines matières ou motifs très fins peuvent être déconseillés techniquement. Le plus important reste que la personne se sente naturelle dans sa tenue.
Peut-on recommencer une réponse ?
Bien sûr. Une interview enregistrée n'est pas du direct. Une réponse peut être reprise, reformulée ou raccourcie.
Faut-il utiliser un prompteur pour une interview de dirigeant ?
Pas systématiquement. Le prompteur est très utile lorsque les mots doivent être parfaitement maîtrisés. Pour obtenir une conversation naturelle, une interview conduite par un interlocuteur est souvent préférable.
Comment rendre une interview plus dynamique ?
Le multicaméra, différentes valeurs de plan, les images d'illustration, le montage, la musique et le sound design peuvent apporter du rythme. Mais la première source de dynamisme reste la qualité de ce qui est raconté.
Une interview réussie ne doit plus ressembler à une interview
La technique compte.
Le cadre. La lumière. Le son. Le décor. Les caméras.
Mais lorsque l'interview commence, tout cela devrait progressivement disparaître.
Il ne devrait rester qu'une personne qui raconte quelque chose à une autre.
Une expérience. Une conviction. Un métier. Une vision. Une histoire.
C'est souvent à cet instant que l'interview devient réellement intéressante.
ORYGEN FILMS — Produire des films qui donnent du sens.

